AGGI SUTTA
Le
principe de non-violence
***
Verset
2.1
Une fois, le Bienheureux séjournait au monastère fondé par
Anathapindika, dans le parc Jeta, près de la ville de Savatthi. En ce
temps-là, un grand sacrifice avait été organisé par le brahmane
Uggatasarira. Les animaux: cinq cents taureaux, cinq cents jeunes
boeufs, cinq cents génisses, cinq cents chèvres, cinq cents béliers,
avaient été amenés au poteau sacrificiel afin d'être immolés.
Verset 2.2
Alors, le brahmane Uggatasarira rendit visite au Bienheureux. S'étant
approché du Bienheureux, il échangea avec lui des compliments de
politesse et des paroles de courtoisie, puis s'assit à l'écart sur un
côté.
Verset 2.3
Le brahmane Uggatasarira dit au Bienheureux: "O vénérable Gotama, j'ai
entendu dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait
d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très
fructueuses."
Verset 2.4
Le Bienheureux dit: "Moi aussi, ô brahmane, j'ai entendu dire que le
fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau
sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses."
Verset 2.5
Le brahmane Uggatasarira dit pour la deuxième fois: "O vénérable
Gotama, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et
le fait d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses
et très fructueuses."
Verset 2.6
Le Bienheureux dit: "Moi aussi, ô brahmane, j'ai entendu dire que le
fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau
sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses."
Verset 2.7
Pour la troisième fois, le brahmane Uggatasarira dit: "O vénérable
Gotama, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et
le fait d'ériger un poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses
et très fructueuses."
Verset 2.8
Le Bienheureux aussi répéta alors: "Moi aussi, ô brahmane, j'ai entendu
dire que le fait d'allumer un feu de sacrifice et le fait d'ériger un
poteau sacrificiel étaient des choses avantageuses et très fructueuses."
Verset 2.9
Enfin, le brahmane dit: "Dans ce cas, nous avons donc le même point de
vue! Mon opinion et celle du vénérable Gotama sont tout à fait
semblables sur ce point!" Pendant cette discussion, l'Ayasmanta Ananda
était là en écoutant.
Verset 2.10
Lorsque le brahmane Uggatasarira eut ainsi parlé, l'Ayasmanta Ananda
dit: O brahmane, le Tathagata ne doit pas être interrogé ainsi, en
disant: "O vénérable Gotama, j'ai entendu dire que le fait d'allumer un
feu de sacrifice et le fait d'ériger un poteau sacrificiel étaient des
choses avantageuses et très fructueuses", mais vous devez formuler
votre question ainsi: "O vénérable, je me prépare à allumer un feu de
sacrifice et à ériger un poteau sacrificiel. Que le Bienheureux me
conseille! Que le Bienheureux m'instruise pour que ses conseils
m'amènent le bonheur et le bien-être pour longtemps!"
Verset 2.11
Le brahmane Uggatasarira alors s'adressa au Bienheureux: "O Vénérable,
je me prépare à allumer un feu de sacrifice et à ériger un poteau
sacrificiel. Que le Bienheureux me donne des conseils ! Que le
Bienheureux m'instruise pour que ses conseils m'amènent le bonheur et
le bien-être pour longtemps!"
Verset 2.12
Le Bienheureux dit: O brahmane, même avant que le sacrifice ne
commence, celui qui prépare le feu de sacrifice et qui érige le poteau
sacrificiel dresse trois épées malfaisantes, mauvaises dans leur
efficacité, mauvaises dans leur fruit. Quelles sont ces trois épées?
L'épée des actions corporelles, l'épée des actions verbales et l'épée
des actions mentales.
Verset 2.13
O brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui prépare
le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel fait naître les
pensées suivantes: "Que pour ce sacrifice soient massacrés tant de
taureaux, tant de jeunes boeufs, tant de génisses, tant de chèvres,
tant de béliers."
Verset 2.14
De cette façon, il fait des démérites, mais en pensant acquérir des
mérites. Il fait une chose mauvaise, mais en pensant faire une bonne
chose. Il prépare la voie conduisant à une destination malheureuse,
mais en pensant préparer la voie conduisant à une destination heureuse.
Verset 2.15
Ainsi, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui
prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel dresse
en premier lieu cette épée des actions mentales, qui est malfaisante,
mauvaise dans son efficacité, mauvaise dans son fruit.
Verset 2.16
Et encore, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui
qui prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel
déclare: "Que pour ce sacrifice soient massacrés tant de taureaux, tant
de jeunes boeufs, tant de génisses, tant de chèvres, tant de béliers."
Verset 2.17
De cette façon, il fait des démérites, mais en pensant acquérir des
mérites. Il fait une chose mauvaise, mais en pensant faire une chose
bonne. Il prépare la voie conduisant à une destination malheureuse,
mais en pensant préparer la voie conduisant à une destination heureuse.
Verset 2.18
Ainsi, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui
prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel dresse
en second lieu cette épée des actions verbales, qui est malfaisante,
mauvaise dans son efficacité mauvaise dans son fruit.
Verset 2.19
Et encore, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui
qui prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel met
en marche lui-même toute l'affaire, en disant: "Que l'on abatte les
taureaux, pour sacrifier! Que l'on abatte les jeunes boeufs pour
sacrifier ! Que l'on abatte les génisses pour sacrifier! Que l'on
abatte les béliers pour sacrifier!"
Verset 2.20
De cette façon, il fait des démérites, mais en pensant acquérir des
mérites. Il fait une chose mauvaise, mais en pensant faire une chose
bonne. Il prépare la voie conduisant à une destination malheureuse,
mais en pensant préparer la voie conduisant à une destination heureuse.
Verset 2.21
Ainsi, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence, celui qui
prépare le feu du sacrifice et qui érige le poteau sacrificiel dresse
en troisième lieu cette épée des actions corporelles qui est
malfaisante, mauvaise dans son efficacité, mauvaise dans son fruit.
Verset 2.22
De cette façon, ô brahmane, même avant que le sacrifice ne commence,
celui qui prépare le feu du sacrifice, et qui érige le poteau
sacrificiel dresse ces trois épées malfaisantes, qui sont mauvaises
dans leur efficacité, qui sont mauvaises dans leur fruit.
Verset 2.23
Il y a, ô brahmane, trois sortes de feu qu'il faut abandonner, qu'il
faut éloigner, qu'il faut éviter. Quels sont ces trois feux? Ce sont le
feu de l'avidité, le feu de la haine et le feu de l'illusion.
Verset 2.24
Pourquoi, ô brahmane, le feu de l'avidité faut-il l'abandonner,
l'éloigner, l'éviter? Avec une pensée obsédée par l'avidité, dominée
par l'avidité, impressionnée par l'avidité, on s'engage dans un cours
mauvais en action corporelle, mauvais en action verbale et mauvais en
action mentale. Alors, après la dissolution du corps, après la mort, on
renaîtra dans les enfers, dans les destinations malheureuses, dans le
malheur, dans l'enfer.
Verset 2.25
Pourquoi, ô brahmane, le feu de la haine faut-il l'abandonner,
l'éloigner, l'éviter? Avec une pensée obsédée par la haine, dominée par
la haine, impressionnée par la haine, on s'engage dans un cours mauvais
en action corporelle, mauvais en action verbale et mauvais en action
mentale. Alors, après la dissolution du corps, après la mort, on
renaîtra dans les enfers, dans les destinations malheureuses, dans le
malheur, dans l'enfer.
Verset 2.26
Pourquoi, ô brahmane, le feu de l'illusion faut-il l'abandonner,
l'éloigner, l'éviter? Avec une pensée obsédée par l'illusion, dominée
par l'illusion, impressionnée par l'illusion, on s'engage dans un cours
mauvais en action corporelle, mauvais en action verbale et mauvais en
action mentale. Alors, après la dissolution du corps, après la mort, on
renaîtra dans les enfers, dans les destinations malheureuses, dans le
malheur, dans l'enfer.
Verset 2.27
En effet, ô brahmane, ces trois sortes de feux doivent être abandonnés,
doivent être éloignés, doivent être évités.
Verset 2.28
(Cependant) il y a, ô brahmane, trois sortes de feux qui amènent le
bonheur lorsqu'on les respecte, vénère et révère. Quels sont ces trois
feux? Le feu des êtres dignes de respect, le feu des chefs de famille
et le feu des êtres dignes de dons.
Verset 2.29
Quel est le feu des êtres dignes de respect? Considère, ô brahmane,
quelqu'un qui honore sa mère et son père. La mère et le père sont
appelés "le feu des êtres dignes de respect". Pourquoi? Parce que ce
feu s'est produit. Pour cette raison, ô brahmane, le feu des êtres
dignes de respect, s'il est respecté, vénéré et révéré, ne manque pas
d'amener le bonheur.
Verset 2.30
Quel est le feu des chefs de famille ? Considère, ô brahmane, quelqu'un
qui traite correctement ses enfants et sa femme, ses esclaves, ses
serviteurs, ses travailleurs. Ces êtres (appartenant au chef de
famille) sont appelés "le feu des chefs de famille". Pour cette raison,
ô brahmane, le feu des chefs de famille, s'il est respecté, vénéré et
révéré, ne manque pas d'amener le bonheur.
Verset 2.31
Quel est le feu des êtres dignes de dons ? Considère, ô brahmane, les
religieux et les prêtres, qui s'abstiennent de la vaine gloire, de
l'orgueil et de l'indolence, qui supportent tout avec patience et
sérénité, tantôt essayant de se dompter eux-mêmes, tantôt se dirigeant
vers l'obtention de l'émancipation. Ces êtres sont appelés "le feu des
êtres dignes de dons". Pour cette raison, ô brahmane, le feu des êtres
dignes de dons, s'il est respecté, vénéré et révéré, ne manque pas
d'amener le bonheur.
Verset 2.32
En effet, ô brahmane, ces trois sortes de feux, s'ils sont respectés,
vénérés et révérés, ne manquent pas d'amener le bonheur.
Verset 2.33
Concernant le feu de bois, ô brahmane, il faut l'allumer de temps en
temps, il doit être maintenu de temps en temps, il doit être éteint de
temps en temps, il doit être abandonné de temps en temps."
Verset 2.34
Cela dit, le brahmane Uggatasarira dit au Bienheureux: Merveilleux, ô
vénérable Gotama! Merveilleux, ô vénérable Gotama ! Que le vénérable
Gotama veuille bien m'accepter comme un disciple laïc qui, de ce jour
jusqu'à la fin de sa vie, le prenne comme refuge.
Verset 2.35
Je laisse, ô vénérable Gotama, en liberté ces cinq cents taureaux, je
leur donne la vie. Je laisse en liberté ces cinq cents jeunes boeufs,
je leur donne la vie.
Verset 2.36
Je laisse en liberté ces cinq cents génisses. Je leur donne la vie. Je
laisse en liberté ces cinq cents béliers, je leur donne la vie.
Verset 2.37
Que ces animaux mangent de l'herbe comme ils veulent. Qu'ils boivent
l'eau fraîche comme ils veulent. Que la douceur du vent souffle sur
leur corps.
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