SABBAVASA SUTTA
D'après la traduction du Pâli à l'Anglais par Thanissaro Bhikkhu.
***
J'ai
entendu qu'à une occasion le Béni du Ciel demeurait à Savatthi, in le
Bosquet de Jeta, le monastère d'Anathapindika. Là il s'adressa à les
moines: "Moines!"
"Oui, seigneur," répondirent les moines.
Le
Béni du Ciel dit, "Moines, la fin des fermentations est pour qui sait
et voit, je vous le dis, pas pour qui ne sait pas et ne voit pas. Pour
celui qui sait quoi et voit quoi? L'attention appropriée et l'attention
inappropriée. Lorsque un moine vaque de façon inappropriée, des
fermentations non [encore] survenues surgissent, et les fermentations
déjà survenues augmentent. Lorsque un moine vaque de façon appropriée,
des fermentations non [encore] survenues ne surgissent pas, et les
fermentations déjà survenues sont abandonnées. Il y a des fermentations
qu'il faut abandonner en les voyant, celles qu'il faut abandonner en se
modérant, celles qu'il faut abandonner par utilisation, celles qu'il
faut abandonner en les tolérant, celles qu'il faut abandonner en les
évitant, celles qu'il faut abandonner en les détruisant, et celles
qu'il faut abandonner en les développant.
"Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner en les voyant?
Il y a le cas où une personne ordinaire non-instruite -- qui n'a aucun
égard pour nobles personnes, n'est pas bien versée ou disciplinée dans
leur Dhamma; qui n'a aucun égard pour des hommes intègres, n'est pas
bien versée ou disciplinée dans leur Dhamma -- ne discerne pas quelles
idées sont appropriées pour l'attention ou quelles idées sont
inappropriées pour l'attention. Ceci étant, elle ne s'occupe pas
d'idées appropriées pour l'attention et vaque [plutôt] aux idées
inappropriées pour l'attention.
"Et que sont les idées
inappropriées pour l'attention auxquelles elle vaque? Toute idée telle
que, lorsqu'elle s'en occupe, la fermentation non-[encore] survenue de
sensualité surgisse en elle, et la fermentation [déjà] survenue de
sensualité augmente; la fermentation non-[encore] survenue de devenir
surgisse en elle, et la fermentation [déjà] survenue de devenir
augmente; la fermentation non-[encore] survenue d'ignorance surgisse en
elle, et la fermentation [déjà] survenue d'ignorance augmente. Ce sont
là les idées inappropriées pour l'attention auxquelles elle vaque.
"Et
que sont les idées appropriées pour l'attention dont elle ne s'occupe
pas? Toute idée telle que, lorsqu'elle s'en occupe, la fermentation
non-[encore] survenue de sensualité ne surgisse pas en elle, et la
fermentation [déjà] survenue de sensualité soit abandonnée; la
fermentation non-[encore] survenue de devenir ne surgisse pas en elle,
et la fermentation [déjà] survenue de devenir soit abandonnée; la
fermentation non-[encore] survenue d'ignorance ne surgisse pas en elle,
et la fermentation [déjà] survenue d'ignorance soit abandonnée. Ce sont
là les idées appropriées pour l'attention dont elle ne s'occupe pas.
Parce qu'elle s'occupe d'idées inappropriées pour l'attention et parce
qu'elle ne s'occupe pas d'idées appropriées pour l'attention, les deux
fermentations non [encore] survenues surgissent en elle, et des
fermentations déjà survenues augmentent.
"C'est
ainsi qu'elle vaque de façon inappropriée: 'Etais-je dans le passé
? Qu'étais-je dans le passé? Qu'étais-je dans le passé? Ayant été
quoi, qu'étais-je dans le passé? Serais-ce que je ne serais pas
dans le futur ? Comment serai-je dans le futur?' Ou bien elle est
intérieurement perplexe au sujet du présent immédiat: 'Suis-je ?
Comment suis-je ? Où va-t-il?'[1]
"Comme il vaque de façon
inappropriée de cette façon, l'une de six sortes de vues surgit en
elle: La vue J'ai un Moi surgit en elle comme étant vraie et établie,
ou la vue Je n'ai pas de moi ... ou la vue C'est précisément grâce au
Moi que je me perçois moi-même... ou la vue C'est précisément grâce au
Moi que je perçois le non-Soi ... ou la vue C'est précisément grâce au
non-Soi que je me perçois moi-même surgit en elle comme étant vraie et
établie, ou bien elle a des vues comme suit: C'est précisément ce Soi
qui est le mien -- le connaisseur qui est sensible ici et là au
mûrissement des bonnes et des mauvaises actions -- qui est ce mien Soi
qui est constant, durable pour toujours, éternel, non sujet au
changement, et demeurera tel qu'il est pour l'éternité. C'est ce qu'on
appelle un fourré de vues, un désert de vues, une contorsion de vues,
un grouillement de vues, des menottes de vues. Liée par des menottes de
vues, la personne ordinaire non-instruite n'est pas libérée de la
naissance, de la vieillesse, et de la mort, du chagrin, des plaintes,
de la douleur, de l'angoisse, et du désespoir. Elle n'est pas libérée,
je vous le dis, de la souffrance et du stress.
"Le disciple
bien-enseigné des nobles personnes -- qui a des égards pour les nobles
personnes, est bien versé et discipliné dans leur Dhamma; qui a des
égards pour des hommes intègres, est bien versé et discipliné dans leur
Dhamma -- discerne quelles idées sont appropriées pour l'attention et
quelles idées sont inappropriées pour l'attention. Ceci étant, il ne
s'occupe pas d'idées inappropriées pour l'attention et vaque [plutôt]
aux idées appropriées pour l'attention.
"Et
que sont les idées inappropriées pour l'attention dont il ne s'occupe
pas? Toute idée telle que, lorsque il s'en occupe, la fermentation
non-[encore] survenue de sensualité surgit en lui, et la fermentation
[déjà] survenue de sensualité augmente; la fermentation non-[encore]
survenue de devenir surgit en lui, et la fermentation [déjà] survenue
de devenir augmente; la fermentation non-[encore] survenue d'ignorance
surgit en lui, et la fermentation [déjà] survenue d'ignorance augmente.
Ce sont là les idées inappropriées pour l'attention dont il ne s'occupe
pas.
"Et
que sont les idées appropriées pour l'attention dont il s'occupe
effectivement? Toute idée telle que, lorsque il s'en occupe, la
fermentation non-[encore] survenue de sensualité ne surgisse pas en
lui, et la fermentation [déjà] survenue de sensualité soit abandonnée;
la fermentation non-[encore] survenue de devenir ne surgisse pas en
lui, et la fermentation [déjà] survenue de devenir soit abandonnée; la
fermentation non-[encore] survenue d'ignorance ne surgisse pas en lui,
et la fermentation [déjà] survenue d'ignorance soit abandonnée. Ce sont
là les idées appropriées pour l'attention dont il s'occupe
effectivement. Parce qu'il s'occupe d'idées inappropriées pour
l'attention et parce qu'il s'occupe d'idées appropriées pour
l'attention, des fermentations non [encore] survenues ne surgissent pas
en lui, et des fermentations déjà survenues sont abandonnées.
"Il
pense de façon appropriée, Ceci est le stress... Ceci est l'origine du
stress... Ceci est la la cessation du stress... Ceci est le chemin qui
mène à la la cessation du stress. Comme il vaque de façon appropriée de
cette façon, trois chaînes sont abandonnées en elle: les vues
d'identité, les doutes, et le fait de s'agripper aux préceptes et aux
pratiques. C'est ce qu'on appelle les fermentations qu'il faut
abandonner en les voyant.
"Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner en se modérant?
Il y a le cas où un moine, en réfléchissant de façon appropriée,
demeure modéré grâce à la modération de la faculté-oeil. Les
fermentations, la contrariété, ou la fièvre qui surgiraient s'il devait
demeurer immodéré grâce à la modération de la faculté-oeil ne
surgissent pas pour lui quand il demeure modéré grâce à la modération
de la faculté-oeil.
En réfléchissant de façon appropriée, il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-oreille...
En réfléchissant de façon appropriée, il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-nez...
En réfléchissant de façon appropriée, il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-langue...
En réfléchissant de façon appropriée, il demeure modéré grâce à la modération de la faculté-corps...
En
réfléchissant de façon appropriée, il demeure modéré grâce à la
modération de la faculté-intellect. Les fermentations, la contrariété,
ou la fièvre qui surgiraient s'il devait demeurer immodéré grâce à la
modération de la faculté-intellect ne surgissent pas pour lui quand il
demeure modéré grâce à la modération de la faculté-intellect. C'est ce
qu'on appelle les fermentations qu'il faut abandonner en se modérant.
"Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner par utilisation?
Il y a le cas où un moine, en réfléchissant de façon appropriée, se
sert de la robe simplement pour combattre le froid, pour combattre la
chaleur, pour empêcher les mouches, les moustiques, le vent, le soleil,
et les reptiles de le toucher; simplement pour recouvrir les parties du
corps qui causent la honte.
"En réfléchissant de façon
appropriée, il se sert de la nourriture d'aumônes, non pas pour se
divertir, ni pour s'intoxiquer, ni pour prendre du poids, ni pour
s'embellir; mais simplement pour sa survie et la continuité de ce
corps, pour mettre fin à ses afflictions, pour le soutien de la vie
sainte, en pensant, 'Ainsi détruirai-je les vieilles sensations [de la
faim] et ne créerai pas de nouvelles sensations [en mangeant trop]. je
me maintiendrai, serai sans blâme, et vivrai à l'aise.'
"En
réfléchissant de façon appropriée, il se sert de l'habitation
simplement pour combattre le froid, pour combattre la chaleur, pour
empêcher les mouches, les moustiques, le vent, le soleil, et les
reptiles de le toucher; simplement pour se protéger des intempéries et
pour profiter de la réclusion.
"En réfléchissant de façon
appropriée, il se sert des fournitures médicinales dont on se sert pour
soigner les malades simplement pour combattre toute douleur de maladie
qui ait surgi et pour une liberté maximale par rapport à la maladie.
"Les
fermentations, la contrariété, ou la fièvre qui surgiraient s'il devait
ne pas se servir de ces choses [de cette façon] ne surgissent pas pour
lui quand il s'en sert [de cette façon]. C'est ce qu'on appelle les
fermentations qu'il faut abandonner par utilisation.
"Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner en tolérant?
Il y a le cas où un moine, en réfléchissant de façon appropriée,
supporte. Il tolère le froid, la chaleur, la faim, et la soif; le
contact des mouches, des moustiques, du vent, du soleil, et des
reptiles; les paroles désagréables, malvenues et les sensations
corporelles qui, lorsqu'elles surgissent, sont pénibles, atroces,
aiguës, perçantes, désagréables, déplaisantes, et menaçantes pour la
vie. Les fermentations, la contrariété, ou la fièvre qui surgiraient
s'il ne devait pas tolérer ces choses ne surgissent pas pour lui quand
il les tolère . C'est ce qu'on appelle les fermentations qu'il faut
abandonner en tolérant.
"Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner en évitant?
Il y a le cas où un moine, en réfléchissant de façon appropriée, évite
un éléphant sauvage, un cheval sauvage, un taureau sauvage, un chien
sauvage, un serpent, une souche, un roncier, un ravin, une falaise, une
fosse septique, un égout à ciel ouvert. En réfléchissant de façon
appropriée, il évite de s'asseoir sur les sortes de sièges
inappropriés, d'errer dans les sortes d'habitats inappropriés, et de
s'associer avec la sorte de mauvais amis qui pourraient faire que ses
amis bien informés dans la vie sainte puissent le soupçonner de
mauvaise conduite. Les fermentations, la contrariété, ou la fièvre qui
surgiraient s'il ne devait pas éviter ces choses ne surgissent pas pour
lui quand il les évite. C'est ce qu'on appelle les fermentations qu'il
faut abandonner en évitant.
"Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner en détruisant?
Il y a le cas où un moine, en réfléchissant de façon appropriée, ne
tolère pas une pensée de sensualité qui surgit. Il l'abandonne, la
détruit, la chasse, et l'efface de son existence.
En réfléchissant de façon appropriée, il ne tolère pas une pensée de mauvaise volonté qui surgit ...
En réfléchissant de façon appropriée, il ne tolère pas une pensée de cruauté qui surgit...
En
réfléchissant de façon appropriée, il ne tolère pas que surgissent des
qualités mentales mauvaises et malavisées. Il les abandonne, les
détruit, les chasse et les efface de son existence. Les fermentations,
la contrariété, ou la fièvre qui surgiraient s'il devait ne pas
détruire ces choses ne surgissent pas pour lui quand il les détruit.
C'est ce qu'on appelle les fermentations qu'il faut abandonner en
détruisant.
"Et que sont les fermentations qu'il faut abandonner en les développant?
Il y a le cas où un moine, en réfléchissant de façon appropriée,
développe l'attention en tant que facteur d'Eveil reposant sur la
réclusion... le dépassionnement... la cessation, ce qui résulte en un
lâcher-prise. Il développe l'analyse des qualités en tant que facteur
d'Eveil...la persistance en tant que facteur d'Eveil...le ravissement
en tant que facteur d'Eveil...la sérénité en tant que facteur
d'Eveil...la concentration en tant que facteur d'Eveil...l'équanimité
en tant que facteur d'Eveil reposant sur la réclusion... le
dépassionnement... la cessation, ce qui résulte en un lâcher-prise. Les
fermentations, la contrariété, ou la fièvre qui surgiraient s'il devait
ne pas développer ces qualités ne surgissent pas pour lui quand il les
développe. C'est ce qu'on appelle les fermentations qu'il faut
abandonner en les développant.
"Lorsque les
fermentations d'un moine qui devraient être abandonnées en les voyant
ont été abandonnées en les voyant, que ses fermentations qui devraient
être abandonnées en se modérant ont été abandonnées en se modérant, que
ses fermentations qui devraient être abandonnées en utilisant ont été
abandonnées en utilisant, que ses fermentations qui devraient être
abandonnées en tolérant ont été abandonnées en tolérant, que ses
fermentations qui devraient être abandonnées en évitant ont été
abandonnées en évitant, que ses fermentations qui devraient être
abandonnées en détruisant ont été abandonnées en détruisant, et que ses
fermentations qui devraient être abandonnées en les développant ont été
abandonnées en les développant, alors on l'appelle un moine qui demeure
modéré grâce à la modération de toutes les fermentations. Il a
retranché la soif insatiable, rejeté les chaînes, et -- grâce à la
correcte pénétration de l'orgueil -- a mis fin à la souffrance et au
stress."
C'est ce que dit le Béni du Ciel. Gratifiés, les moines se réjouirent des paroles du Béni du Ciel.
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