Le mot transcendance peut avoir plusieurs sens.
La Transcendance avec un T majuscule et toutes les formes de
transcendances qui recouvrent les domaines les plus variés.
On dit de quelqu'un qu'il s'est transcendé lorsqu'il a été amené à se
dépasser lui-même dans une activité. On dit aussi de quelque chose
qu'elle est transcendante quand elle dépasse l'ordinaire et même le
meilleur. Le terme transcendance revêt ici un aspect subjectif, parfois
émotionnel et sentimental.
Cette forme de transcendance n'est qu'une pâle caricature. La
transcendance ainsi dévoyée ne peut satisfaire au questionnement de
l'humain sur son humanité.
L'homme ne sait plus où est sa place dans l'univers, son existence
n'est plus inscrite dans plus grand que lui. Plus exactement,ce qui est
plus grand que lui aujourd'hui n'est qu'une machine à broyer, à
décortiquer l'humain, à l'utiliser, l'exploiter, en faire un outil de
production. L'être humain est considéré sous l'aspect mécanique,
cerveau, neurones, hormones, gènes, un corps dénué de souffles et
d'énergie. L'homme ainsi considéré a perdu sa raison d'exister, les
suicides se multiplient dans tous les milieux. La vie humaine n'a plus
de valeur : peu importe qu'un enfant meurt de faim toutes les 3 secondes.
L'intérêt pour la conservation des espèces animales, la sauvegarde de
la planète, est devenu plus important que la sauvegarde de
l'humanité. Cette humanité qui n'est plus présentée que comme
une composante de la bio-diversité, une composante néfaste et
destructrice.
Existe-t-il quelque élément qui soit spécifique de l'humain ? Celui-ci
n'est-il qu'un joyeux hasard de la nécessité ? Pour reprendre le terme
de Jacques
Monod : le hasard ou la nécessité.
L'humain n'est pas sans ressentir comme une sorte d'appel vers un
au-delà de lui même. Un obscur sentiment de venir d'ailleurs et d'aller
ailleurs.
Les questions philosophiques : qui suis-je ? où suis je ? où vais-je ?
sont des questions aujourd'hui mises sous le boisseau, des questions
qui ne sont plus d'actualité, qui font sourire, des questions qui ne
méritent pas que l'on s'y attarde. Dans un monde où le temps est de
l'argent, les poser est du temps perdu.
Il y a une manière de questionner qui n'en est pas une : la manière
sceptique et désabusée : on pose des questions sans attendre de réponses
. Une attitude très à la mode, ne croyant plus
rien, n'attendant plus rien de personne, on avance sur des
sables mouvants. L'homme est devenu son dieu, il sait avant d'avoir
appris, il interprète ce qu'il reçoit dans le sens qui lui convient,
sans aucune remise en cause. C'est alors le dégoût et le désespoir qui
entrainent une dévalorisation de l’existence humaine.
La transcendance est peut-être le trait le plus spécifique de l'être
humain, ce qui lui donne sa valeur, sa place à part dans l'histoire.
Ne reconnait-on pas la présence humaine dans les âges
anciens, à l'existence de sépultures, de peintures, de ce qui marque un
effort de compréhension du sens de la vie et d'aspiration à l'éternité ?
Les
Transcendances sont diverses de l'animisme au monothéisme, de Lao Tseu
aux enseignements du Bouddha, de l' Évangile à la révélation Coranique.
Sans transcendance, plus de civilisation, sans transcendance, l'homme vit,
non plus à genoux, mais à plat comme un mollusque. Sans transcendance la
race humaine est menacée de disparition.
Je dis race et non espèce, l'espèce humaine peut fort bien survivre,
mais la race, celle dont on peut dire : celui ci est de race noble, de
la race des hommes courageux, la race de ceux qui vivent
debout, la race, elle, est en voie de disparition au profit
d'une espèce assoiffée de pouvoir et de possession. Une espèce barbare
qui détruira le monde.
Que reste-t-il de l'humain quand la Transcendance disparaît ?



